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Devenez pro grâce à Seth Manfield

Je vous propose une traduction d’un article de Seth Manfield, champion du monde en titre. Sa prose n’est pas spécialement agréable, son style est même assez décousu, et cette traduction se veut fidèle plus en substance qu’en forme. Toutefois, le thème abordé, devenir professionel, pourrait en intéresser un certain nombre. J’espère que vous gagnerez à lire cet article qui tacle certains préjugés sur la profession de joueur de Magic.

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Pour ceux à la recherché d’articles purement stratégiques, je dois m’excuser, même si cet article présentera un point de vue à la fois différent et unique de l’intérieur de la communauté professionnelle de Magic. Ce week-end (NLDR : le 31 Oct. – 1° Nov.), j’ai fait des constats sur tout ce qui est requis pour devenir un magicien de haut niveau. Il y aura bien sûr des obstacles au moment d’entrer les eaux tumultueuses de la compétition Magic de haut niveau, mais ça vaut le coup.

La Genèse

Mon rêve d’enfance était de devenir un joueur professionnel de Magic, et je suis sûr que je n’étais pas le seul adolescent à avoir ce rêve. Ce n’est pas vraiment un rêve habituel que n’importe qui peut avoir, mais il est dur d’imaginer une raison de devenir professionnel pour autre chose que l’amour du jeu. La genèse commence avec la passion du jeu, et la motivation d’y devenir bon. Evidemment, il y a des niveaux de compétitions bien échelonnés pour que tout un chacun puisse jouer en compétition à son niveau. Pour moi comme pour beaucoup d’autres, avant d’avoir le niveau des Grand Prix et des Pro Tours, il faut commencer au niveau des Friday Nights Magic.

Les FNM sont des évènements géniaux qui sont également agréablement réguliers. Y gagner est bon signe pour ceux qui voudraient jouer à plus haut niveau. Il est toujours important d’avoir des objectifs bien définis quand on joue à Magic – pas forcément pour chaque tournoi individuellement, puisqu’il y a quand même une sacrée charge de chance qui en impactera le déroulement, mais plutôt d’avoir du recul sur vos performances actuelles. Si un joueur ne se croit pas capable de gagner un gros tournoi, il est d’autant moins probable que ça arrive. La série de tournois la plus directe pour participer aux Pro Tours a toujours été les Pro Tour Qualifiers (de nos jours, le système RPTQ).

Personnellement, je préférais les anciens PTQ, mais je comprends le besoin auquel répond le circuit RPTQ. Je dois dire en premier lieu que gagner un PTQ est très, très difficile. Peu importe le talent, c’est toujours un grand accomplissement de gagner un PTQ. Je l’ai vécu, et je peux vous dire que c’était du sacré grind (NDLR : faire autant de tournois que possible en espérant en gagner un avant la fin de la saison). Ca n’a pas été facile, et ça a certainement été chronophage. Pourtant, il arrive qu’un joueur obtienne ce qu’il était venu chercher : une chance de devenir un joueur professionnel de Magic.

Gestion du temps

Tout joueur de Magic devrait savoir que gérer le temps passé à jouer n’est pas chose facile. Pour la plupart des joueurs Magic, jouer est un plaisir, pas un gagne-pain. Lors de mon premier Pro Tour, j’avais dix-sept ans. Ce n’est pas parce que j’ai participé à ce Pro Tour que j’étais professionnel pour autant. Les études étaient ma priorité numéro un, et ça a été le cas jusqu’à ce que j’obtienne mon diplôme universitaire. Même si je savais que j’étais doué au jeu, ça ne voulait pas dire que je pouvais tout laisser tomber pour jouer à temps plein. Après avoir obtenu mon diplôme, j’ai décidé de prendre une pause pour voir ce que je pouvais faire sur le circuit des Grand Prix.

C’est alors qu’est arrivé le déclic. J’ai gagné le Grand Prix Kansas City en 2013. Du coup, j’étais qualifié pour le premier Pro Tour de l’année, et j’ai senti que je pouvais enchainer les performances nécessaires pour être automatiquement qualifié pour les Pro Tours suivants. Je me suis bien débrouillé, mais c’était surtout dû à ma présence dans beaucoup d’évènements (NDLR : le grind). Ca impliquait de voyager à travers le pays (NLDR : les Etats Unis) et des fois même sur d’autres continents pour faire de la compétition. Il suffit de regarder qui sont les meilleurs joueurs sont à un instant donné pour se rendre compte de l’importance de participer à beaucoup d’évènements. Ca ne laisse pas souvent beaucoup de temps pour un travail à temps complet. Il arrive souvent qu’un joueur qui ne participe qu’aux FNM ait en fait plus de talents qu’un joueur professionnel, la différence étant que le joueur de FNM n’a le temps de jouer que les vendredi soirs.

Souvenez-vous que s’il est important de participer aux évènements, la préparation est aussi une étape clé dans la route vers le succès. Une des trouvailles les plus récentes sur la scène des Pro Tours a été de créer des équipes ou des groupes de joueurs qui s’entrainent ensemble pour un évènement. En général, ça exige de tout laisser tomber pendant une semaine ou deux, et de jouer à Magic tout ce temps. Les Pro Tours sont devenus tellement importants que n’importe quel accroc compte. Si vous voulez faire ça, Magic doit évidemment être votre priorité absolue. Jouer sur le circuit des Pro Tours n’est pas la seule façon de devenir professionnel.

Définir un joueur Pro

Tout d’abord, il n’y a pas de façon unique de définir ce qu’est un joueur professionnel de Magic, même s’il existe un certain nombre de facteurs qui entrent en compte. Je pense que souvent, c’est à chaque individu de décider s’il se considère ou non un joueur professionnel. Il existe désormais beaucoup de circuits de compétition différents où on peut rencontrer succès et haut niveau. Bien que cet article parle surtout du circuit Pro Tour, il existe aussi les tournois Star City Game et les tournois TCGplayer (NDLR : deux boutiques américaines, ces circuits n’ont pas lieu de notre côté de l’Atlantique). Pour chaque circuit, il existe un tournoi pour lequel une qualification est exigée. Ces évènements là ne sont pas seulement l’occasion de gagner des prix plus fournis, il s’agit aussi d’un moyen pour devenir connu sur la scène de Magic.

Le gain monétaire d’un tournoi peut être très alléchant sur le court terme, mais la notoriété est beaucoup plus utile sur le long terme. Voyager coûte cher, à cause notamment du prix des transports, des hôtels, des repas si chers, voire même de l’acquisition des cartes (NDLR : c’est actuellement le Standard le plus cher depuis Caw-Blade en 2011, ZEN-SOM). Souvent, même pour les meilleurs pros, les prix monétaires servent à rembourser le prix d’entrée au tournoi, et personne n’est sûr de toucher le pactole. Pour être un professionnel, il est souvent nécessaire de trouver d’autres sources annexes de revenus. Typiquement, ça peut vouloir dire avoir un sponsor, écrire des articles pour un site Magic, voire les deux.

J’ai été personnellement comblé depuis que j’ai commencé à écrire des articles pour TCGPlayer et, pour moi, c’est à ce moment là que je suis devenu professionnel. Une fois que vous commencez à voyage et à écrire, il ne vous reste plus beaucoup de temps pour vous, et ça donne l’impression d’avoir un travail à temps complet, même si ce n’est pas vraiment le cas. Certains joueurs arrivent toutefois à gagner un salaire par d’autres moyens. Dans certains cas, il s’agit d’acheter et revendre des cartes, ou bien juste être un grinder de Magic Online. Il y a aussi ceux qui écrivent beaucoup de choses sur Magic et qui ne participent finalement pas à beaucoup de tournois. Même si ce ne sont pas des « joueurs » professionnels à proprement parler, il y a plus d’une façon de faire de Magic une carrière sans rencontrer de succès majeur en tournois.

Fixer ses obectifs

C’est sans doute le plus difficile quand on vit d’un jeu. Et si je ne réussis pas en tournois ? Que faire ? A plusieurs reprises, des semaines et des semaines d’entrainement intensif et de voyages ne porteront pas de fruit. Il est facile d’apprécier Magic quand on gagne, mais quand on perd ? Perdre fait partie du jeu, et même s’il est vrai que certains perdent plus souvent que d’autres, il y a une grande partie du jeu qui est hors de votre contrôle. Les attentes d’un joueur professionnel devraient englober une série d’évènements, même si des fois, effectivement, ces objectifs ne seront pas atteints.

Vos propres attentes en tant que joueur ne sont pas les seules: il y a aussi les attentes du public. A titre personnel, j’ai eu la chance de réussir ce qu’il fallait quand il fallait, ce qui m’a tout récemment propulsé au premier rang du classement des joueurs publié par Wizards of the Coast. Je ne m’y attendais pas, et je ne dirais pas que ces classements font de moi le meilleur joueur du monde, mais j’ai essayé de m’habituer à la sensation d’être un des meilleurs du monde.

Le week-end dernier au Grand Prix Indianapolis, j’ai choisi de jouer Atarka Red, bien que je sois déçu de ne pas jouer le R/G Landfall que j’avais joué au Pro Tour. J’ai joué Atarka Red parce que j’étais arrivé à bien tunner le deck pour qu’il ait un bon match-up contre les versions actuelles de Dark Jeskaï, et il avait un match-up démentiel contre les decks ramps, qui avaient soudainement gagné en popularité. Plusieurs de mes adversaires m’ont demandé « Mais pourquoi est ce que toi tu joues Atarka Red ? » Si j’avais joué un deck considéré comme difficile à jouer, comme Esper Control ou Jeskaï Black, je pense que je n’aurais pas toutes ces questions.

D’abord, Atarka Red n’est pas un deck facile à jouer, contrairement à ce qu’on pense. Ensuite, je l’ai joué parce que je pense objectivement que c’est un bon deck, et j’ai été assez proche de faire Top 8 avec, même si j’ai fini par concéder la partie de la ronde 14 à un ami. Voici ma liste :

R/G Landfall by Seth Manfield
Finished 33rd – 64th Place at
2015 Grand Prix Indianapolis – 10/31
Main Deck Sideboard
4 Abbot of Keral Keep
4 Monastery Swiftspear
4 Zurgo BellstrikerCreatures [12]4 Atarka’s Command
4 Become Immense
4 Dragon Fodder
2 Fiery Impulse
2 Hordeling Outburst
4 Temur Battle Rage
4 Titan’s Strength
3 Wild SlashSpells [27]

4 Bloodstained Mire
2 Cinder Glade
1 Forest
8 Mountain
2 Windswept Heath
4 Wooded Foothills

1 Arc Lightning
1 Chandra, Fire of Kaladesh
2 Fiery Impulse
1 Goblin Heelcutter
1 Hordeling Outburst
1 Outpost Siege
3 Rending Volley
3 Roast
2 Yasova Dragonclaw 

Cette liste est un peu différente de le norme, il n’y a que douze creatures en Main Deck, et six générateurs de jetons. Lightning Berserker était tout simplement mauvais, alors ne pas en jouer n’était pas dénué de sens, même si ça faisait chuter le nombre de créatures jouées. Il existait bien sûr d’autres options comme Den Protector, mais les sorts sont tellement bien… Le sideboard contient une farandolle de removals, car le plan contre Jeskai Black est de tuer leurs créatures, ce qui rend la victoire très difficile pour eux.

Bref, il y a des choses à dire sur un deck qui cherche à finir la partie rapidement. Je ne voulais tout simplement pas jouer de parties longues et tendues. J’espère que ça illustre un peu le fait que quand on choisit un deck pour un tournoi, il n’y a aucune honte à choisir un deck qu’on aime, même si c’est RDW. Il y a des préjugés qui entourent RDW, car certains pros ne le joueront jamais, qu’ils le trouvent viable ou non. Je respecte les différents styles des joueurs, mais mon conseil dans le Standard actuel, c’est que si vous aimez jouer des stratégies agressives, allez-y, jouez RDW.

Je me suis récemment rendu compte que je ne dégageais pas l’  « image typique d’un joueur Magic au meilleur niveau », mais je pense que l’image est dans l’œil de celui qui la voit. Etant donné mes succès récents, mon but est d’embrasser ce nouveau statut et de me rendre compte des changements qui viennent avec cette nouvelle reconnaissance au sein de la communauté Magic. J’aimerais beaucoup être considéré comme un des grands joueurs, car je l’ai bien cherché. Il y a beaucoup de facteurs de la vie professionnelle d’un joueur de Magic qui ne m’ont frappé que lorsque j’ai effectivement vécu mon rêve. Il se peut que je sois l’un des meilleurs au monde et je veux personnaliser la qualité de mes plays, de mes actions et mon apparence auprès de la communauté.

En ce moment je suis sûr une sacrée série, mais ça ne veut pas dire que je sois parfait. Je fais encore des erreur, autant que n’importe quel autre joueur Magic. Jouer à Magic, c’est aussi se rendre compte que le jeu est plein d’erreurs, et que le mieux qu’on puisse faire quand on en commet une c’est de se ressaisir et de continuer à jouer. C’est plus facile à dire qu’à faire, mais tout le monde peut améliorer l’une ou l’autre des parties de leur jeu ou de leur approche des tournois.

Merci d’avoir lu,

Seth Manfield

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